{"id":136,"date":"2022-01-28T14:44:50","date_gmt":"2022-01-28T05:44:50","guid":{"rendered":"http:\/\/peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/?p=136"},"modified":"2022-04-12T13:12:34","modified_gmt":"2022-04-12T04:12:34","slug":"%e6%ba%80%e5%b7%9e%e3%81%a7%e3%81%ae%e6%ad%bb%e7%b7%9a%e3%82%92%e4%b9%97%e3%82%8a%e8%b6%8a%e3%81%88%e3%81%a6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/archive\/136\/","title":{"rendered":"Survivre en Mandchourie"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<p>Colons en Mandchourie<\/p>\n<p>Mon village natal de Karimata, sur l&rsquo;\u00eele de Miyako \u00e9tait pauvre, et les enfants qui n&rsquo;\u00e9taient le fils a\u00een\u00e9 pouvaient rarement h\u00e9riter des terres de leurs parents.<br \/>\nIl fallait donc louer des terres \u00e0 cultiver ou quitter le village pour chercher du travail. Quand j&rsquo;avais trois ans, mon p\u00e8re travaillait comme ouvrier dans une aci\u00e9rie \u00e0 Tobata, Fukuoka. Apr\u00e8s deux ou trois ans, il est rentr\u00e9 \u00e0 Karimata. Pendant ma deuxi\u00e8me ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole primaire, avant les vacances d&rsquo;\u00e9t\u00e9, mon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 choisi pour partir en Mandchourie, en tant que colon. Il \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s heureux de rejoindre ce groupe de colons car on lui avait dit qu&rsquo;il recevrait des terres l\u00e0-bas. Toute notre famille a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 en Mandchourie l&rsquo;ann\u00e9e m\u00eame. Emigrer, c&rsquo;\u00e9tait une chose, mais soudain nous sommes soudainement pass\u00e9 de la chaleur d&rsquo;Okinawa au climat glacial de la Mandchourie. A cette \u00e9poque, nous nous d\u00e9placions en charrette. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 secou\u00e9 pendant tout le trajet, nous sommes arriv\u00e9 dans dans un village nomm\u00e9 Inamineg\u014d. Je garde le souvenir d&rsquo;un voyage tr\u00e8s p\u00e9nible \u00e0 cause du froid glacial. Je ne savais pas qu&rsquo;il existait un endroit aussi froid. Puis 2 ou 3 mois apr\u00e8s notre arriv\u00e9e en Mandchourie, l&rsquo;hiver est arriv\u00e9, et le sol a gel\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9but de guerre et changement Pendant cet hiver, en d\u00e9cembre 1941, Nous avons appris que la guerre avait \u00e9clat\u00e9e et que l&rsquo;arm\u00e9e japonaise avait attaqu\u00e9 Hawa\u00ef. L&rsquo;\u00e8re \u00e9tait au militarisme, et moi aussi, j&rsquo;\u00e9tais certain que le Japon gagnerait. Mes parents \u00e9taient heureux: ils avaient re\u00e7u des terres immenses, bien plus qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient imagin\u00e9 quand ils \u00e9taient \u00e0 Karimata. Nous, nous \u00e9tions des enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, nous ne pensions qu&rsquo;\u00e0 jouer. A ce moment-l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait moi, ma s\u0153ur a\u00een\u00e9e, qui vit maintenant \u00e0 Yaeyama, et mon petit fr\u00e8re. Et aussi peut-\u00eatre une petite s\u0153ur. Trois fr\u00e8res et s\u0153urs sont n\u00e9s apr\u00e8s notre arriv\u00e9e en Mandchourie. Les quatri\u00e8me, cinqui\u00e8me et sixi\u00e8me sont n\u00e9s \u00e0 Inamineg\u014d. Ma m\u00e8re, comme mon p\u00e8re, \u00e9tait originaire de Karimata.<\/p>\n<p>A environ 2 km de mon \u00e9cole en Mandchourie, Il y avait une autre colonie appel\u00e9e Hokushing\u014d d&rsquo;une vingtaine de maisons, dont les habitants \u00e9taient originaires de Miyako. Nous avons v\u00e9cu l\u00e0-bas pendant un certain temps. On nous avait attribu\u00e9 les champs tout pr\u00e8s. L&rsquo;arm\u00e9e fournissait \u00e9galement des chevaux ainsi qu&rsquo;un pistolet pour chaque foyer pour se prot\u00e9ger. Ils distribuaient des balles une fois par mois. Nous vivions bien pour des Japonais de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 mesure que la situation militaire se d\u00e9t\u00e9riorait et que la fin de la guerre approchait, les p\u00e8res de chaque famille ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s par l&rsquo;arm\u00e9e, et toutes les armes et chevaux ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s. C&rsquo;\u00e9tait de grands chevaux, une race de Hokkaido, L&rsquo;arm\u00e9e les a emmen\u00e9s. Puis la situation a encore empir\u00e9e, et les p\u00e9nuries alimentaires ont suivi. Les travaux des champs devenaient de plus en plus compliqu\u00e9s. Tous les hommes avaient \u00e9t\u00e9 enroll\u00e9s, Il ne restait plus que les femmes et les enfants. Nous arrivions \u00e0 peine \u00e0 produire de quoi subsister. Mais m\u00eame dans ces conditions, notre famille a continu\u00e9 de s&rsquo;agrandir. Nous \u00e9tions six enfants, mais un de mes petits fr\u00e8res est mort l&rsquo;ann\u00e9e de la fin de la guerre. Nous avons encore pu creuser un trou pour l&rsquo;enterrer, Mais lorsque mon autre petit fr\u00e8re est mort, nous vivions d\u00e9j\u00e0 dans un camp d&rsquo;internement. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;hiver, et le sol avait gel\u00e9. Nous n&rsquo;avons pas pu l&rsquo;enterrer. Impossible de creuser, m\u00eame avec une pioche. Il y avait une \u00e9pid\u00e9mie de typhus, qui tuait enfants comme adultes. Ceux qui mourraient en \u00e9t\u00e9 pouvaient \u00eatre enterr\u00e9s, mais pas ceux qui mourraient en hiver. La plupart des corps \u00e9taient abandonn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;air libre. Le camp \u00e9tait plein de cadavres. Le gouvernement chinois en Mandchourie a d\u00e9cid\u00e9 de s&rsquo;en d\u00e9barasser parce que cela \u00ab faisait d\u00e9sordre \u00bb. Les corps \u00e9taient entass\u00e9s \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re d&rsquo;une charrette comme un tas de bois mort. Quand ma m\u00e8re a vu \u00e7a, elle a dit qu&rsquo;elle se sentait mal de voir son fils trait\u00e9 de la sorte. Elle a d\u00e9cid\u00e9 de l&rsquo;enterrer d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre. Elle a r\u00e9ussi \u00e0 se procurer une pioche je ne sais o\u00f9, et m&rsquo;a demand\u00e9 de creuser un trou. Cela a pris une journ\u00e9e enti\u00e8re pour enterrer mon petit fr\u00e8re. Des jeunes qui \u00e9tait partis comme engag\u00e9s volontaires venaient tout juste d&rsquo;\u00eatre renvoy\u00e9s en Mandchourie. Je leur ai demand\u00e9 de l&rsquo;aide. Moi aussi j&rsquo;ai creus\u00e9.<\/p>\n<p>Les Russes \u00e9taient en Mandchourie \u00e0 ce moment.<\/p>\n<p>Les femmes avaient peur des soldats russes, dElles se barbouillent le visage de suie et se rasaient compl\u00e8tement la t\u00eate. Il y avait un foss\u00e9 autour de notre village qui avait \u00e9t\u00e9 creuser pour se d\u00e9fendre contre les bandes arm\u00e9es. Les soldats russes y tra\u00eenaient des femmes pour les violer, c&rsquo;\u00e9tait horrible. Elles n&rsquo;avaient que nous, des gamins de 11 ou 12 ans, pour les prot\u00e9ger On criait pour donner l&rsquo;alerte : \u00ab Les soldats russes sont l\u00e0 ! \u00bb. Puis on courrait \u00e0 la maison pour mettre une b\u00fbche au feu pour faire de la fum\u00e9e, apr\u00e8s quoi on fermait les fen\u00eatres, pour enfumer la pi\u00e8ce. Les soldats russes toussaient et \u00e9taient forc\u00e9s de partir. C&rsquo;est comme \u00e7a que les enfants prot\u00e9geaient les femmes et les jeunes enfants. Si les adultes faisaient la m\u00eame chose, ils \u00e9taient fusill\u00e9s imm\u00e9diatement. Alors les adultes nous demandaient de les aider \u00e0 prot\u00e9ger les femmes, en nous disant que m\u00eame les Russes ne feraient pas de mal aux enfants. Voil\u00e0 comment nous avons pass\u00e9 l&rsquo;hiver en Mandchourie.<\/p>\n<p>Le d\u00e9part de Mandchourie<\/p>\n<p>Une fois que nous avons su que nous pouvions rapatrier au Japon depuis la Mandchourie, Nous avons march\u00e9 vers la ville d&rsquo;Harbin. Cela nous a pris environ deux mois, marchant jour comme nuit, aux heures o\u00f9 l&rsquo;on pensait pouvoir \u00e9viter les bandes arm\u00e9es. La nuit, nous ne voyions rien autour de nous, alors les enfants et les b\u00e9b\u00e9s pleuraient beaucoup. Les b\u00e9b\u00e9s ne comprenaient pas ce qui leur arrivaient. Les leaders du groupe de colons ont ordonn\u00e9 aux parents de tuer leur b\u00e9b\u00e9, car en pleurant ils risquaient d&rsquo;attirer des ennuis au reste du groupe. Ca a d\u00fb \u00eatre insupportable pour les parents. Je n&rsquo;ai personnellement vu aucun enfant tu\u00e9, mais apr\u00e8s cet ordre, les pleurs se sont tus. Au moment de traverser les rivi\u00e8res \u00e9galement, les petits chignaient. Lorsqu&rsquo;ils se mettaient \u00e0 pleurer, les parents les abandonnaient l\u00e0.<\/p>\n<p>Quand j&rsquo;y repense, cette marche, c&rsquo;\u00e9tait vraiment l&rsquo;enfer sur la terre. La situation poussait des parents \u00e0 abandonner leur enfants, ou les vendre aux Chinois, et rentrer sans eux au Japon. Ma famille n&rsquo;avait pas \u00e0 faire ce genre de d\u00e9cisions. Tous les quatre de mes jeunes fr\u00e8res \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 morts pendant notre hiver en d\u00e9tention. Nous n&rsquo;\u00e9tions que tous les trois, ma m\u00e8re, ma s\u0153ur a\u00een\u00e9e, et moi. Tant bien que mal, nous avons atteint Harbin.<\/p>\n<p>La vie \u00e0 Harbin<\/p>\n<p>A Harbin, il y avait une \u00e9cole primaire japonaise appel\u00e9e l&rsquo;\u00e9cole primaire Hanazono. Nous avons \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus dans cette \u00e9cole. J&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s affaibli,mais j&rsquo;ai pu trouver un travail dans une boulangerie et j&rsquo;y ai travaill\u00e9 pendant environ un mois. Puis j&rsquo;ai eu des ennuis pour avoir cach\u00e9 des cro\u00fbtes de pain dans ma poche. Je voulais les donner \u00e0 manger \u00e0 ma m\u00e8re. J&rsquo;ai vol\u00e9 des cro\u00fbtes de pain, et pour \u00e7a, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cela, Je suis tomb\u00e9 malade du typhus. Ma m\u00e8re a utilis\u00e9 nos \u00e9conomies et a vendu tous nos biens pour me faire soigner. Puis, juste au moment o\u00f9 nous n&rsquo;avions plus rien, c&rsquo;est ma m\u00e8re est tomb\u00e9e malade. Il n&rsquo;y avait pas de m\u00e9decins \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque alors ma m\u00e8re est morte comme \u00e7a. Il n&rsquo;y avait pas de cimeti\u00e8re, et je ne savais pas o\u00f9 l&rsquo;enterrer alors j&rsquo;ai d\u00fb l&#8217;emmener dans une cave creus\u00e9e dans un rocher \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du camp. C&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on d\u00e9posait les corps de ceux qui mourraient au camp. Quand la cave \u00e9tait pleine, les cadavres \u00e9taient transport\u00e9s ailleurs, en charrette. Ce n&rsquo;\u00e9tait plus l&rsquo;hiver, mais l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Pour charger les corps dans la charrette, ils utilisaient une fourche, comme celles qu&rsquo;on utilise \u00e0 la ferme. Je ne sais pas o\u00f9 ils ont emmen\u00e9s les restes de ma m\u00e8re. Mais pendant qu&rsquo;ils chargeaient les cadavres \u00e0 coup de fourche, parfois c&rsquo;\u00e9tait une t\u00eate qui roulait, ou un bras qui tombait. Je n&rsquo;ai jamais su o\u00f9 les corps \u00e9taient emmen\u00e9s.<\/p>\n<p>Depuis le camp de Harbin, les \u00e9vacu\u00e9s \u00e9taient transf\u00e9r\u00e9s en groupes successifs. Nous avons march\u00e9 jusqu&rsquo;au train avec ma soeur, mais j&rsquo;\u00e9tais \u00e9puis\u00e9. Le wagon du train \u00e9tait si haut, que les enfants comme nous ne pouvaient pas y monter. Ce sont des Cor\u00e9ens qui nous ont hiss\u00e9s dessus. Ma s\u0153ur me l&rsquo;a souvent rappel\u00e9 que c&rsquo;\u00e9taient des Cor\u00e9ens qui nous avaient sauv\u00e9s ce jour-l\u00e0. Le train dans lequel nous sommes mont\u00e9s n&rsquo;avais pas de toit mais nous \u00e9tions heureux de ne pas avoir \u00e0 marcher. Le matin suivant, J&rsquo;ai remarqu\u00e9 un adulte \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi allong\u00e9 et sans vie. Quand j&rsquo;ai essay\u00e9 de le r\u00e9veiller, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mort. Nous avons pass\u00e9 quelques jours sur le train qui s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Busan en Cor\u00e9e. Et de l\u00e0, on nous a fait embarquer sur un bateau.<\/p>\n<p>Retour au Japon par bateau<\/p>\n<p>Quand je suis mont\u00e9 sur le bateau j&rsquo;avais l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre d\u00e9j\u00e0 au Japon. J&rsquo;\u00e9tais vraiment soulag\u00e9. La nourriture \u00e0 bord du navire, c&rsquo;\u00e9tait du riz blanc des algues. C&rsquo;est tout ce qu&rsquo;on nous donnait, mais pour nous c&rsquo;\u00e9tait un r\u00e9gal. J&rsquo;avais du mal \u00e0 croire que quelque chose puisse \u00eatre aussi bon. Le navire s&rsquo;est d&rsquo;abord dirig\u00e9 vers un port militaire de Nagasaki appel\u00e9 Sasebo. Juste quand nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Sasebo, une \u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra s&rsquo;est d\u00e9clar\u00e9e sur le bateau. Nous sommes rest\u00e9s ancr\u00e9s au large de Sasebo pendant environ une semaine jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie se calme. Puis au bout d&rsquo;une semaine, on ne nous toujours pas laiss\u00e9 accoster \u00e0 Sasebo alors nous avons continu\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 un endroit appel\u00e9 Otake, \u00e0 Hiroshima et nous avons pu d\u00e9barquer. La premi\u00e8re chose qui nous attendait \u00e0 la descente du bateau c&rsquo;\u00e9tait du DDT (insecticide). On nous en aspergeait tellement qu&rsquo;on en \u00e9tait tout blancs des pieds \u00e0 la t\u00eate. Nous avons pass\u00e9 la nuit \u00e0 Otake, et le lendemain, nous sommes mont\u00e9s \u00e0 bord d&rsquo;un train \u00e0 destination de Kure, \u00e0 Hiroshima. On avait entendu dire que de l\u00e0 partirait un bateau \u00e0 destination d&rsquo;Okinawa. En traversant la ville d&rsquo;Hiroshima, nous n&rsquo;avons vu qu&rsquo;un champ de ruines. La gare \u00e9tait introuvable, il ne restait plus que ses fondations. Tout \u00e9tait r\u00e9duit en cendres. Nous sommes arriv\u00e9s pr\u00e8s de Kure, mais l\u00e0, on nous a dit qu&rsquo;il ne partait plus de bateau pour Okinawa Ensuite nous sommes all\u00e9s dans un camp \u00e0 Nagoya. Sur les restes de l&rsquo;usine Mitsubishi Heavy Industries, \u00e0 Nagoya, il y avait un camp pour les gens originaires d&rsquo;Okinawa. Apr\u00e8s y \u00eatre rest\u00e9s environ un mois, nous sommes finalement retourn\u00e9s sur l&rsquo;\u00eele de Miyako.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00eele de Miyako juste apr\u00e8s la guerre<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00eele de Miyako souffrait de p\u00e9nuries alimentaires \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, la vie \u00e9tait difficile. J&rsquo;ai v\u00e9cu chez mon oncle pendant environ un an. A Miyako, le gouvernement militaire am\u00e9ricain distribuait des vivres et des v\u00eatements. Pour la distribution des rations, les enfants rapatri\u00e9s de l&rsquo;\u00e9tranger avaient la priorit\u00e9 sur ceux rapatri\u00e9s des r\u00e9gions proches. Je pense que de nombreuses portions \u00e9taient livr\u00e9es chez notre oncle comme ma s\u0153ur et moi avions tous les deux \u00e9vacu\u00e9s de Mandchourie. Les rations consistaient en des jaunes d&rsquo;oeufs s\u00e9ch\u00e9s ou des bo\u00eetes de conserve. Quant aux v\u00eatements, nous recevions des pantalons ou des vestes taill\u00e9s pour des enfants am\u00e9ricains, ils \u00e9taient trop grands pour nous. On nous les distribuait gratuitement.<\/p>\n<p>A l&rsquo;\u00e9poque, il y avait \u00e9galement des bateaux de contrebande, et les Ta\u00efwanais qui venaient souvent de Ta\u00efwan. J&rsquo;ai appris qu&rsquo;un bateau ta\u00efwanais allait arriver. J&rsquo;y suis all\u00e9. Comme je parlais un peu chinois \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, j&rsquo;ai discut\u00e9 un peu avec l&rsquo;\u00e9quipage. Les Ta\u00efwanais \u00e9taient surpris, alors ils m&rsquo;ont offert des bo\u00eetes de conserve Quand je les ai ram\u00e9n\u00e9 \u00e0 mon oncle, il m&rsquo;a f\u00e9licit\u00e9 et m&rsquo;a dit que j&rsquo;\u00e9tais intelligent. C&rsquo;\u00e9tait la vie \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. J&rsquo;ai fait ce que j&rsquo;ai pu pour survivre.<\/p>\n<p>Apprenti et \u00e9colier<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment-l\u00e0, ma s\u0153ur travaillait comme femme de m\u00e9nage dans le cabinet d&rsquo;un dentiste nomm\u00e9 M. Takehara. Elle m&rsquo;a aid\u00e9 \u00e0 trouver une place d&rsquo;apprenti au cabinet. Au bout d&rsquo;un moment, on m&rsquo;a conseill\u00e9 de m&rsquo;inscrire en alternance, \u00e0 temps partiel, au Lyc\u00e9e de Miyako. Je ne savais pas lire parce que je n&rsquo;\u00e9tais plus scolaris\u00e9, mais j&rsquo;ai quand m\u00eame d\u00e9cid\u00e9 de m&rsquo;inscrire. Il y avait un magasin qui louait des livres. Pour m&rsquo;entra\u00eener \u00e0 lire, j&rsquo;y empruntais des mangas ou des livres avec les lectures en hiragana (alphabet phon\u00e9tique) pour les caract\u00e8res chinois. Je me suis dit que c&rsquo;\u00e9tait le meilleur moyen, alors j&#8217;empruntais des livres et travaillais dur pour m\u00e9moriser les caract\u00e8res chinois.<br \/>\nA cette \u00e9poque, je ne savais m\u00eame pas comment utiliser un dictionnaire. Je ne savais m\u00eame pas que les caract\u00e8res \u00e9taient class\u00e9s par nombre de traits. Je me d\u00e9brouillais \u00e0 ma fa\u00e7on. J&rsquo;ai fini par apprendre comment utiliser un dictionnaire. Je me suis retrouss\u00e9 les manches, je suis entr\u00e9 au lyc\u00e9e, \u00e0 temps partiel.<\/p>\n<p>Je me suis aussi attaqu\u00e9 \u00e0 des livres sur la m\u00e9decine et la chirurgie dentaire, et peu \u00e0 peu j&rsquo;en suis venu \u00e0 comprendre leur contenu. J&rsquo;ai pris confiance en moi, je me suis dit que je pourrais m&rsquo;en tirer \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Une fois que j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 comprendre, \u00e9tudier est devenu un plaisir. En particulier, j&rsquo;avais l&rsquo;ambition de devenir proth\u00e9siste dentaire. Il ne s&rsquo;agissait pas de devenir m\u00e9decin, mais chaque fois que je lisais un livre m\u00e9dical, je comprenais. Ce que je ne comprenais pas c&rsquo;\u00e9tait les passages en anglais. Je voulais savoir de quoi cela parlait. J&rsquo;ai appris avec l&rsquo;aide de mes a\u00een\u00e9s, et en \u00e9tudiant par moi-m\u00eame. et j&rsquo;ai fini par comprendre.<\/p>\n<p>Au lyc\u00e9e, je faisais partie de la toute premi\u00e8re promotion du programme \u00e0 temps partiel. Mais je n&rsquo;ai jamais eu mon dipl\u00f4me. J&rsquo;\u00e9tais encore au lyc\u00e9e, quand il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 que la Clinique dentaire Takehara, o\u00f9 je travaillais, d\u00e9m\u00e9nage sur l&rsquo;\u00eele principale d&rsquo;Okinawa. J&rsquo;ai d\u00fb quitter l&rsquo;\u00e9cole.<\/p>\n<p>D\u00e9part pour l&rsquo;\u00eele principale et apprentissage de l&rsquo;anglais<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;installation du cabinet dans la ville d&rsquo;Okinawa, Je me suis concentr\u00e9 sur l&rsquo;apprentissage de l&rsquo;anglais. Il y avait beaucoup d&rsquo;\u00e9trangers sur l&rsquo;\u00eele principale d&rsquo;Okinawa. Beaucoup de nos patients l&rsquo;\u00e9taient \u00e9galement. Je pouvais par leur parler sans apprendre l&rsquo;anglais, alors j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier la langue. Pour cela, j&rsquo;allais \u00e0 la base militaire am\u00e9ricaine de Nakagusuku. Un jour, il pleuvait des cordes. La dame d&rsquo;une famille militaire am\u00e9ricaine m&rsquo;a dit d&#8217;emporter un parapluie. Je connaissais le mot \u00ab umbrella \u00bb en anglais, mais je ne comprenais pas \u00ab prendre \u00bb. Comme je restais plant\u00e9 l\u00e0, elle m&rsquo;a fait comprendre avec des gestes (que je devais prendre un parapluie). J&rsquo;ai dit merci en anglais. et je suis rentr\u00e9 chez moi avec le parapluie.<\/p>\n<p>Sur l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre<\/p>\n<p>Cela n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 dur que pour moi. Ce type d&rsquo;\u00e9xp\u00e9rience \u00e9tait probablement courant pour les enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Apr\u00e8s mon retour de Mandchourie, je n&rsquo;ai pas sp\u00e9cialement souffert de quoi que ce soit. Ce qui m&rsquo;avait le plus surpris, c&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 mon retour \u00e0 Miyako, je ne savais plus lire. Kanji, katakana, hiragana&#8230; j&rsquo;avais pratiquement tout oubli\u00e9. J&rsquo;ai appris \u00e0 mon corps d\u00e9fendant, que la peur et la mis\u00e8re pouvaient transformer les gens en idiots.<\/p>\n<p>Pourquoi j&rsquo;ai pers\u00e9v\u00e9r\u00e9<\/p>\n<p>Je pense que j&rsquo;ai pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 \u00e0 cause de mon esprit de comp\u00e9tition, plus fort que les autres. J&rsquo;avais horreur de perdre. Je ne voulais pas perdre contre mes amis. Mes camarades du m\u00eame \u00e2ge sont tous all\u00e9s au coll\u00e8ge, au lyc\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9. Pourquoi moi je n&rsquo;ai jamais eu cette chance d&rsquo;aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole? Mais je ne voulais pas perdre, pas contre eux. C&rsquo;est la seule chose qui m&rsquo;animait.<\/p>\n<p>Message pour la jeunesse<\/p>\n<p>Il y a une chose que je voudrais demander \u00e0 tous les jeunes gens : de ne plus jamais faire la guerre. Et \u00e9galement autre chose. J&rsquo;avais 9 ans quand nous sommes partis en Mandchourie et 12 ans quand je suis revenu. Compar\u00e9 \u00e0 mes camarades rest\u00e9s \u00e0 Okinawa, J&rsquo;ai fait toutes sortes d&rsquo;exp\u00e9riences. J&rsquo;ai vu des paysages enneig\u00e9s. j&rsquo;ai vu des loups, je suis all\u00e9 \u00e0 la montagne et j&rsquo;ai mang\u00e9 des raisins sauvages. J&rsquo;ai v\u00e9cu beaucoup plus de choses que tous ceux qui sont rest\u00e9s \u00e0 Okinawa toute leur vie. Je voudrais vous inviter \u00e0 voir le monde pendant que vous \u00eates jeune, et \u00e0 vivre une vie bien remplie.<\/p>\n<hr \/>\n<p>M. Keisei Kawamitsu a \u00e9t\u00e9 directeur r\u00e9gional de l&rsquo;Association des proth\u00e9sistes dentaires du Japon, puis pr\u00e9sident de l&rsquo;Association des proth\u00e9sistes dentaires d&rsquo;Okinawa \u00e0 partir de 1995. Il a re\u00e7u le prix du ministre de la Sant\u00e9 et du Bien-\u00eatre en 2000.<\/p>\n<p><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Colons en Mandchourie Mon village natal de Karimata, sur l&rsquo;\u00eele de Miyako \u00e9tait pauvre, et les enfants qu [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-136","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/136","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=136"}],"version-history":[{"count":21,"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/136\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":876,"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/136\/revisions\/876"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=136"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=136"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=136"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}