{"id":148,"date":"2022-01-28T15:07:07","date_gmt":"2022-01-28T06:07:07","guid":{"rendered":"http:\/\/peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/?p=148"},"modified":"2022-04-11T13:03:23","modified_gmt":"2022-04-11T04:03:23","slug":"%e4%bc%8a%e6%b1%9f%e5%b3%b6%e3%83%bb%e5%82%b7%e3%81%a0%e3%82%89%e3%81%91%e3%81%ae%e3%82%b7%e3%83%9e","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/archive\/148\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ie, une \u00eele d\u00e9truite"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ie avant l&rsquo;intensification des combats<\/p>\n<p>Lors de la bataille d&rsquo;Okinawa, j&rsquo;avais sept ans. J&rsquo;\u00e9tais en premi\u00e8re ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole primaire. A l&rsquo;\u00e9cole, je ne me souviens pas vraiment d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 assis \u00e0 mon pupitre pour \u00e9tudier. Je me souviens seulement des exercices d&rsquo;evacuation, ou d&rsquo;avoir observ\u00e9 les soldats \u00e0 l&rsquo;entra\u00eenement, de petits travaux, ou d&rsquo;activit\u00e9s de soutien et d&rsquo;encouragement aux soldats.<\/p>\n<p>Le 10 octobre de cette ann\u00e9e 1944, a eu lieu la fameuse attaque a\u00e9rienne am\u00e9ricaine. Juste avant le d\u00e9but de la guerre, de nombreuses personnes, chevaux et charrettes avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s sur l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ie depuis l&rsquo;\u00eele principale pour y aider \u00e0 la construction d&rsquo;un a\u00e9rodrome. Les chevaux et charrettes venaient des villages de Nakijin et Motobu, tout pr\u00e8s d&rsquo;Ie. Il y avait \u00e9galement des gens venus du sud et du centre de l&rsquo;\u00eele principale d&rsquo;Okinawa. A la maison, nous avons accueilli un homme venu de Nakijin pendant un certain temps. Et quand plus tard ma famille a \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9e vers Nakijin, c&rsquo;est cette m\u00eame personne qui nous a g\u00e9n\u00e9reusement accueillis.<\/p>\n<p>\u00c9vacuation vers le village de Nakijin<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les frappes a\u00e9riennes du 10 octobre, aux ordres de l&rsquo;arm\u00e9e, nous sommes mont\u00e9s \u00e0 bord d&rsquo;un bateau de d\u00e9barquement depuis la c\u00f4te est de l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ie, l\u00e0 o\u00f9 se trouve aujourd&rsquo;hui la plage. Nous avons fait la travers\u00e9e au milieu de la nuit jusqu&rsquo;\u00e0 Hamasaki, \u00e0 Motobu. Puis de l\u00e0, nous avons march\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 Nakijin. Nous sommes finalement arriv\u00e9s \u00e0 Nakijin vers 6h du matin. Nous n&rsquo;avions pas dormi de la nuit. J&rsquo;avais sept ans, je pouvais marcher et porter mes propres bagages. Mais mon petit fr\u00e8re n&rsquo;avait que deux ans. Il marchait avec les adultes avec une petite bouteille d&rsquo;eau chaude autour du coup. Quand il pleurait, on s&rsquo;arr\u00eatait une demi-heure, et on se remettait en marche. Nous avons mis plus de temps que les autres familles. Mais mon p\u00e8re et ma m\u00e8re \u00e9taient trop charg\u00e9s pour porter mon fr\u00e8re sur leur dos. Avant la guerre mon p\u00e8re avait perdu l&rsquo;avant-bras droit, coup\u00e9 au niveau du coude. C&rsquo;est pourquoi il a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 \u00e9vacuer, plut\u00f4t que de rester sur l&rsquo;\u00eele. Ca lui a sauv\u00e9 la vie.<\/p>\n<p>Nous nous sommes d&rsquo;abord dirig\u00e9s vers Yonamine, \u00e0 Nakijin, mais nous n&rsquo;y sommes rest\u00e9s que quelques jours. T\u00f4t le matin, nous allions nous cacher sur la colline de Gogayama. et nous revenions \u00e0 Yonamine apr\u00e8s le coucher du soleil. Nous r\u00e9p\u00e9tions la man\u0153uvre tous les jours. Ce qui m&rsquo;a le plus marqu\u00e9, c&rsquo;est qu&rsquo;il y avait un grand banian, un arbre, dans le jardin de la maison o\u00f9 nous \u00e9tions log\u00e9s. Quand je grimpais dans ses branches et regardait en direction de l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ie, je voyais tous les jours des flammes rouges s&rsquo;\u00e9lever. En voyant cela, m\u00eame enfant, je me disais que notre maison aussi \u00e9tait probablement en train de br\u00fbler, de m\u00eame que les autres maisons du voisinage, et je me demandais combien de maisons restaient debout. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;a grandi mon attachement pour mon \u00eele natale. Cela m&rsquo;a marqu\u00e9.<\/p>\n<p>Capture et internement \u00e0 Nago<\/p>\n<p>Le jour o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 faits prisonniers, nous \u00e9tions rest\u00e9s tranquillement \u00e0 la maison au lieu de nous cacher dans les collines. Aucun avertissement n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9, alors on nous avait dit que nous pouvions rester. Puis vers midi, on nous a soudainement ordonn\u00e9 de fuir imm\u00e9diatement, non pas vers les collines, mais vers la c\u00f4te, parce que l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine avait d\u00e9barqu\u00e9. Tout le monde s&rsquo;est pr\u00e9cipit\u00e9 vers la c\u00f4te. Nous nous sommes cach\u00e9s dans un bosquet de cycas sur la rive. C&rsquo;est l\u00e0 que nous avons tous \u00e9t\u00e9 captur\u00e9s par les Am\u00e9ricains, et emmen\u00e9s au camp d&rsquo;Ourazaki \u00e0 Nago.<\/p>\n<p>Nous y sommes rest\u00e9s temporairement, pour un mois ou deux mois, puis nous avons \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s dans le village de Kushi (aujourd&rsquo;hui quartier de Kushi, \u00e0 Nago). Les gens d&rsquo;Ie ont \u00e9t\u00e9 intern\u00e9s dans un camp construit par les forces am\u00e9ricaines. Nous avons intern\u00e9s dans ce camp pendant deux ann\u00e9es enti\u00e8res. Il y avait alors entre 2000 et 3000 personnes au camp.<\/p>\n<p>L&rsquo;internement des habitants d&rsquo;Ie<\/p>\n<p>Environ 2000 personnes \u00e9taient \u00e9galement rest\u00e9es sur l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ie. Ceux-l\u00e0 ont d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 intern\u00e9s dans les \u00eeles Kerama. Puis apr\u00e8s plusieurs mois, ils ont \u00e9t\u00e9 divis\u00e9s en deux groupes, et r\u00e9partis entre le camp de Kushi, et celui de Motobu. Au cours de ces deux ann\u00e9es d&rsquo;internement \u00e0 Kushi, une administration a \u00e9t\u00e9 form\u00e9e, et une \u00ab mairie d&rsquo;Ie \u00bb a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie \u00e0 Kushi. Alors que nous \u00e9tions intern\u00e9s \u00e0 Kushi, un incendie s&rsquo;est d\u00e9clar\u00e9. L&rsquo;endroit o\u00f9 je vivais a br\u00fbl\u00e9, et j&rsquo;ai d\u00fb fuir sans rien d&rsquo;autre que les v\u00eatements que je portais. La vie au camp \u00e9tait de toute fa\u00e7on tr\u00e8s difficile.<\/p>\n<p>Les p\u00e9nuries alimentaires<\/p>\n<p>Le plus dur, c&rsquo;\u00e9tait les p\u00e9nuries alimentaires. Ceux qui essayaient de voler dans les champs, ne serait-ce que quelques patates douces \u00e9taient imm\u00e9diatement arr\u00eat\u00e9s.<br \/>\nIl y avait beaucoup de gens qui surveillaient les champs. Impossible m\u00eame de cueillir les feuilles des patates. On nous fixait du regard d\u00e8s que l&rsquo;on s&rsquo;approchait des rizi\u00e8res. C&rsquo;est pourquoi, ailleurs, nous cueillions n&rsquo;importe quelle herbe qui semblait comestible. Parfois nous devions faire durer trois jours une bo\u00eete de ration que l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine nous distribuait. Ma m\u00e8re et mon jeune fr\u00e8re \u00e9taient sur le point de mourir de malnutrition. Nous sommes aller chasser les grenouilles avec mon p\u00e8re, mais m\u00eame si nous en attraptions 40 ou 50, ce n&rsquo;\u00e9tait toujours pas suffisant pour un seul repas, car seules les cuisses sont comestibles, le reste n&rsquo;est bon qu&rsquo;\u00e0 jeter. Les grenouilles ne suffisaient pas \u00e0 se nourrir.<\/p>\n<p>Une vieille femme nous a dit d&rsquo;attraper les \u00ab yab\u014d \u00bb, les souris qui r\u00f4daient dans les maisons. pour les faire manger \u00e0 ma m\u00e8re et mon fr\u00e8re. Les souris \u00e9taient cach\u00e9es sous le bois de chauffage, ou dans les buissons, Il \u00e9tait facile d&rsquo;en attraper, \u00e0 mains nues. C&rsquo;\u00e9taient de grosses souris. J&rsquo;en ai attrap\u00e9 assez pour remplir \u00e0 moiti\u00e9 un sac de jute, la grand-m\u00e8re les a cuisin\u00e9es. Nous avons partag\u00e9 avec elle. C&rsquo;\u00e9tait d\u00e9licieux. C&rsquo;est ainsi que nous sommes parvenus \u00e0 survivre.<\/p>\n<p>Retour sur l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ie et reconstruction<\/p>\n<p>En mars 1947, apr\u00e8s deux ans, nous avons pu rentrer sur l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ie. Les gens d&rsquo;Ie \u00e9taient tr\u00e8s contents de rentrer. Sur le bateau, tout le monde avait des r\u00eaves plein la t\u00eate. Mais au d\u00e9barquement, ce qui nous attendait, ce n&rsquo;\u00e9tait plus l&rsquo;endroit o\u00f9 nous avions v\u00e9cu. Il ne restait plus une maison, ni un seul arbre. Tout ce que nous voyions, c&rsquo;\u00e9taient des v\u00e9hicules de l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine. Nous les voyions aller et venir sur une grand place au sol de corail pil\u00e9. Le va-et-vient des v\u00e9hicules am\u00e9ricains, c&rsquo;est tout ce que nous voyions. C&rsquo;\u00e9tait comme si nous \u00e9tions \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une base am\u00e9ricaine, pas sur notre \u00eele. Nous n&rsquo;en croyions pas nos yeux. J&rsquo;ai souvent entendu dire que certaines personnes avaient \u00e9t\u00e9 si choqu\u00e9es qu&rsquo;elles avaient perdu la parole. Je n&rsquo;aurais m\u00eame pas su dire o\u00f9 avait \u00e9t\u00e9 ma maison. A l&rsquo;est de l&rsquo;actuelle \u00e9cole primaire, les Am\u00e9ricains avaient \u00e9rig\u00e9 des huttes Quonset, des pr\u00e9fabriqu\u00e9s au toit arrondi. Nous avons d\u00fb y vivre tous ensemble. Cela a dur\u00e9 pr\u00e8s d&rsquo;un an. J&rsquo;ai cherch\u00e9 l&#8217;emplacement de mon ancienne maison mais il ne restait aucun b\u00e2timent. Il ne restait m\u00eame pas une porcherie. La premi\u00e8re chose que nous avons faite \u00e0 notre retour a \u00e9t\u00e9 de construire des cabanes. Pour ce faire, nous avons d&rsquo;abord d\u00fb d\u00e9fricher le terrain, l\u00e0 o\u00f9 se trouvaient les maisons auparavant. Si encore les maisons avaient br\u00fbl\u00e9\u2026 Mais la n\u00f4tre avait \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9e par un char. Il restait bien quelques tuiles. En d\u00e9blayant les gravats, ce que nous avons trouv\u00e9, ce sont des cr\u00e2nes et des squelettes humains, ainsi que des habu, des serpents venimeux. A l&rsquo;\u00e9poque, les gens n&rsquo;avaient pas peur des habu. Nous n&rsquo;avons m\u00eame pas essay\u00e9 de les tuer. Nous voulions juste nettoyer la zone, le plus vite possible et y construire des maisons.Nous abattions les banians ou les fukugi morts ou partiellement br\u00fbl\u00e9s, nous les coupions, et nous construisions des cabanes.<\/p>\n<p>Des milliers de personnes sont mortes sur une si petite \u00eele. La nourriture manquait toujours, apr\u00e8s la guerre. Nous avions trouv\u00e9 de belles feuilles de patates douces<br \/>\ndans les champs, nous avons creus\u00e9 la terre en dessous avec des b\u00e2tons en bois, en esp\u00e9rant trouver de belles patates. Mais ce que nous avons trouv\u00e9, ce sont des cr\u00e2nes ou des squelettes humains. Les plantes poussaient l\u00e0 o\u00f9 le sol \u00e9tait fertilis\u00e9 par les cadavres. Nous remplissions des dizaines de barils de restes humains. Pour les endroits proches du site de collecte, les gens amenaient eux-memes les restes humains. Pour les endroits \u00e9loign\u00e9s, comme il n&rsquo;y avait pas de v\u00e9hicules ni de charrettes, quelqu&rsquo;un de la mairie devait passer les chercher plus tard.<\/p>\n<p>Quelques mois avant que toute la population ne revienne sur l&rsquo;\u00eele, une centaine de jeunes avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s en avant-garde pour nettoyer l&rsquo;\u00eele. Plus tard, j&rsquo;ai entendu dire qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient eu que le temps de recueillir les os, ils n&rsquo;avaient rien pu faire d&rsquo;autre.<\/p>\n<p>L&rsquo;explosion du LCT<\/p>\n<p>Quand j&rsquo;avais 11 ans, durant les vacances d&rsquo;\u00e9t\u00e9 de ma cinqui\u00e8me ann\u00e9e de primaire, nous \u00e9tions all\u00e9s \u00e0 Motobu, avec mon p\u00e8re, et sommes revenus en bateau.<br \/>\nNous avions pr\u00e9vu de passer la nuit \u00e0 Motobu, mais nous sommes finalement rentr\u00e9s le jour-m\u00eame. Je n&rsquo;avais pas mang\u00e9 mon en-cas, et j&rsquo;avais embarqu\u00e9 l&rsquo;estomac vide.<br \/>\nA notre arriv\u00e9e, j&rsquo;allais manger mon panier-repas, quand plusieurs camions am\u00e9ricains transportant des bombes sont pass\u00e9s. Comme ils faisaient de la poussi\u00e8re, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de ne pas manger sur le quai. J&rsquo;ai remball\u00e9 mon panier-repas, et comme j&rsquo;avais \u00e9galement soif, et je suis all\u00e9 demander de l&rsquo;eau \u00e0 la cuisine de la maison la plus proche du port. J&rsquo;\u00e9tais louche en main, sur le point de boire, lorsqu&rsquo;a retenti une \u00e9norme explosion. J&rsquo;ai cru que mes tympans allaient exploser. Tout s&rsquo;est assombri. Puis lorsqu&rsquo;il a fait de nouveau suffisament clair, j&rsquo;ai regard\u00e9 autour de moi. J&rsquo;ai vu des gens courir dans tous les sens. Je les entendais crier. C&rsquo;\u00e9tait horrible.<\/p>\n<p>Au milieu de cette confusion, j&rsquo;ai couru \u00e0 la maison. Lorsque je suis arriv\u00e9, ma m\u00e8re a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s surprise de me voir. Elle m&rsquo;a demand\u00e9 pourquoi nous \u00e9tions revenus le jour m\u00eame, et je lui ai expliqu\u00e9 la situation. Elle m&rsquo;a demand\u00e9 o\u00f9 \u00e9tait mon p\u00e8re, j&rsquo;ai r\u00e9pondu que je ne savais pas. Nous ne savions pas s&rsquo;il \u00e9tait mort ou vivant. Je me suis aper\u00e7u que je tenais toujours la louche. J&rsquo;avais eu tellement peur que je ne pouvais plus la l\u00e2cher. Ma m\u00e8re a d\u00e9pli\u00e9 mes doigts et m&rsquo;a demand\u00e9 o\u00f9 j&rsquo;avais bu l&rsquo;eau.<br \/>\nMais je ne me souvenais de rien. Ma m\u00e8re a pens\u00e9 que mon p\u00e8re \u00e9tait mort. Avant que je n&rsquo;arrive \u00e0 la maison, elle avait entendu dire que tous les passagers du bateau<br \/>\n\u00e9taient morts. Or son fils \u00e9tait ici, sain et sauf, mais pas son mari. Elle \u00e9tait s\u00fbre qu&rsquo;il \u00e9tait mort. Elle a imm\u00e9diatement appel\u00e9 la famille et nous sommes tous retourn\u00e9s au port pour chercher mon p\u00e8re.<\/p>\n<p>La vue y \u00e9tait&#8230; Comment puis-je d\u00e9crire cela? Sur la plage, le sable blanc qui brillait d&rsquo;habitube magnifiquement au soleil, \u00e9tait devenu compl\u00e8tement noir. Partout, il y avait des d\u00e9bris de bombes et du LCT, le bateau am\u00e9ricain qui avait explos\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait la panique g\u00e9n\u00e9rale. C&rsquo;\u00e9tait un enfer. On voyait les cadavres, mais impossible de dire de qui il s&rsquo;agissait. Mon p\u00e8re avait perdu sa main droite dans un accident avant la guerre. J&rsquo;\u00e9tais avec ma tante, la s\u0153ur a\u00een\u00e9e de mon p\u00e8re. En cherchant autour, elle a vu un corps \u00e0 qui il manquait la main droite. Comme cela ne semblait pas \u00eatre d\u00fb \u00e0 l&rsquo;explosion, ma tante a cru qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de mon p\u00e8re, et nous a dit : \u00ab Pas de doute, c&rsquo;est lui \u00bb. Pensant que mon p\u00e8re \u00e9tait mort, toute la famille s&rsquo;est mise \u00e0 pleurer. La mort de mon p\u00e8re, \u00e7a me semblait encore irr\u00e9el. Je suis rest\u00e9 l\u00e0 abasourdi. Au bout d&rsquo;un moment, j&rsquo;ai entendu un grand cri derri\u00e8re moi, \u00ab Seitoku ! T&rsquo;es vivant ! \u00bb Quand je me suis retourn\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait mon p\u00e8re. Mon p\u00e8re, que je croyais mort, \u00e9tait vivant.<br \/>\nOn se serait cru dans une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre. En revanche, le cousin de mon p\u00e8re, qui \u00e9tait aussi sur le bateau, \u00e9tait bel et bien mort.<\/p>\n<p>Le lendemain de l&rsquo;explosion, c&rsquo;\u00e9tait horrible. Il y avait encore des cadavres \u00e9parpill\u00e9s, et d&rsquo;autres que la mer rejetait. Aucun des corps n&rsquo;a pu \u00eatre identifi\u00e9. L&rsquo;association des jeunes et les pompiers, ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s pour rechercher les corps et nettoyer. Et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;eux se trouvaient des gens criant le nom de leurs proches, qui n&rsquo;\u00e9taient pas encore rentr\u00e9s. Le lendemain de l&rsquo;explosion, c&rsquo;\u00e9tait toujours l&rsquo;enfer.<\/p>\n<p>Les souffrances de l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ie<\/p>\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit, les habitants de l&rsquo;\u00eele ont beaucoup souffert de la guerre. Ils ont surv\u00e9cu aux camps d&rsquo;internement et \u00e0 la vie de r\u00e9fugi\u00e9s. Ils n&rsquo;avaient pas le temps de s&rsquo;arr\u00eater pour panser leurs blessures, mentales ou physiques. Et au milieu de cet \u00e9tat d&rsquo;\u00e9puisement, ils se sont forc\u00e9s \u00e0 rester fort et \u00e0 se tenir droit, dans ce champ de ruines. Ils travaillaient dur, jour et nuit. C&rsquo;est alors qu&rsquo;a eu lieu l&rsquo;incident. Un LCT, un navire am\u00e9ricain, qui transportait des bombes a explos\u00e9. Juste au moment o\u00f9 nous nous sentions revivre, o\u00f9 nous recommencions \u00e0 r\u00eaver et \u00e0 sourire, cette trag\u00e9die est venue verser du sel sur nos plaies. Apr\u00e8s cet incident, beaucoup ne savaient plus quoi faire, et ont perdu la volont\u00e9 de vivre, surtout parmi ceux qui avaient perdu des proches. Telle \u00e9tait la situation. Et pourtant, nous devions continuer \u00e0 vivre. Tous les jours, nous devions tant bien que mal reconstruire nos vies, et nous nous sommes relev\u00e9s.<\/p>\n<p>En 1953, cinq ans seulement apr\u00e8s l&rsquo;explosion, les habitants du village de Maja ont re\u00e7u l&rsquo;ordre de partir pour faire place \u00e0 la construction d&rsquo;un champ de tir pour l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine. La \u00ab Tochi wo mamoru kai \u00bb &#8211; l&rsquo;Association pour la protection du sol &#8211; avec M. Sh\u014dk\u014d Ahagon \u00e0 sa t\u00eate, a organis\u00e9 une \u00ab marche des mendiants \u00bb \u00e0 travers tout Okinawa, pour s&rsquo;opposer \u00e0 la confiscation des terres par l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine. Apr\u00e8s cela, ils ont \u00e9galement entam\u00e9 une gr\u00e8ve de la faim, mais malgr\u00e9 toute leur campagne, ils ont finalement \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s de force par l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine. Un an ou deux plus tard, les tirs d&rsquo;exercices ont d\u00e9but\u00e9, aux d\u00e9pens des villages de Maja et Nishizaki.<\/p>\n<p>Message pour la jeunesse<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ie pendant et apr\u00e8s la guerre est remplie de souffrance. Les villageois ont endur\u00e9 de grandes peines. Il est impossible de raconter l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ie apr\u00e8s la guerre sans \u00e9voquer la question de la pr\u00e9sence d&rsquo;une base militaire am\u00e9ricaine sur l&rsquo;\u00eele. Il est impossible de raconter l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00eele apr\u00e8s la guerre,<br \/>\nsans parler de l&rsquo;explosion du LCT. Il est impossible de raconter cette histoire sans parler des camps de r\u00e9fugi\u00e9s. Tout cela, c&rsquo;est l&rsquo;enfer auquel les habitants de l&rsquo;\u00eele ont surv\u00e9cu. C&rsquo;est l&rsquo;histoire de cette \u00eele que je veux transmettre aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations qui b\u00e2tiront l&rsquo;avenir. Je veux leur dire ce qui s&rsquo;est r\u00e9ellement pass\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ie.<br \/>\nJ&rsquo;aimerais aussi qu&rsquo;ils persistent et trouvent un moyen de faire leur vie ici, sur une petite \u00eele loin de tout.<\/p>\n<hr \/>\n<p>Seitoku Shimabukuro a travaill\u00e9 \u00e0 la mairie du village d&rsquo;Ie, et s&rsquo;est impliqu\u00e9 dans l&rsquo;administration du village pendant de nombreuses ann\u00e9es. Il a \u00e9t\u00e9 maire pendant 16 ans.<br \/>\nde 1989 \u00e0 2005.<\/p>\n<p><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ie avant l&rsquo;intensification des combats Lors de la bataille d&rsquo;Okinawa, j&rsquo; [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-148","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/148","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=148"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/148\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":861,"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/148\/revisions\/861"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=148"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=148"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=148"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}