{"id":166,"date":"2022-01-28T15:26:07","date_gmt":"2022-01-28T06:26:07","guid":{"rendered":"http:\/\/peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/?p=166"},"modified":"2022-04-12T13:21:29","modified_gmt":"2022-04-12T04:21:29","slug":"%e6%b2%96%e7%b8%84%e6%84%9b%e6%a5%bd%e5%9c%92%e3%80%80%e5%85%89%e3%81%a8%e5%bd%b1%e3%82%92%e8%aa%9e%e3%82%8a%e7%b6%99%e3%81%90","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.peace-museum.okinawa.jp\/testimony\/fr\/archive\/166\/","title":{"rendered":"Okinawa Airakuen : raconter l&rsquo;ombre et la lumi\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00eele de Kume en temps de guerre et mon mode de vie<\/p>\n<p>Je suis n\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele de Kume en 1939. J&rsquo;avais 6 s\u0153urs, J&rsquo;\u00e9tais l&rsquo;unique gar\u00e7on, et l&rsquo;enfant du milieu. Mes parents \u00e9taient agriculteurs. Ils cultivaient principalement du riz. A cette \u00e9poque, chaque famille \u00e9levait des porcs, nous cultivons donc aussi des patates douces pour les nourrir.<\/p>\n<p>Il y avait un poste d&rsquo;observation pour l&rsquo;arm\u00e9e japonaise \u00e0 Uegusukudake. Notre village \u00e9tait au pied de ce poste d&rsquo;observation. Un jour, le bruit des tirs de la marine am\u00e9ricaine \u00e9tait assourdissant : le poste d&rsquo;observation \u00e9tait vis\u00e9. Je me souviens que grande s\u0153ur m&rsquo;a port\u00e9 sur son dos. et que nous avons \u00e9vacu\u00e9 vers le rivage. Le bruit \u00e9tait si fort qu&rsquo;on aurait que les bombes explosaient juste au-dessus de nos t\u00eates. Je me rappelle du vacarme des bombes. Je ne me souviens pas trop de la fin de la guerre, sauf que l&rsquo;on m&rsquo;a diagnostiqu\u00e9 la l\u00e8pre et que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 confin\u00e9 dans l&rsquo;arri\u00e8re-salle de notre maison. Je ne suis pas s\u00fbr que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 r\u00e9ellement la l\u00e8pre \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, mais je sentais que, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, j&rsquo;\u00e9tais diff\u00e9rent des autres. Ce ne sont pas mes parents qui m&rsquo;ont dit de rester dans la pi\u00e8ce du fond ou de me cacher si d&rsquo;autres gens venaient. J&rsquo;avais juste pris l&rsquo;habitude de me cacher d\u00e8s que je sentais la pr\u00e9sence de gens ext\u00e9rieurs \u00e0 la famille.<\/p>\n<p>Traitement de la l\u00e8pre pendant la guerre<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y avait pas de traitement pour la l\u00e8pre \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. On m&rsquo;a emmen\u00e9 plusieurs fois chez un gu\u00e9risseur &#8211; on les appelaient \u00ab yab\u016b \u00bb \u00e0 Okinawa. Quand au traitement, il s&rsquo;agissait de moxa. Le gu\u00e9risseur disait que ma maladie \u00e9tait caus\u00e9e par une mauvaise circulation sanguine. Il y avait \u00e9galement \u00e0 Okinawa un traitement par ventouses on appelait \u00ab b\u016bb\u016b \u00bb D&rsquo;abord, le gu\u00e9risseur versait un peu d&rsquo;awamori (liqueur de riz distill\u00e9e) dans un tube de bambou, il y mettait le feu pour faire le vide \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du tube qu&rsquo;il appliquait sur mes \u00e9paules, ou sur mes taches. Avec la succion, l&rsquo;endroit en question formait une boule, qu&rsquo;il incisait avec un rasoir. Puis il allumait un autre tube de bambou qu&rsquo;il utilisait pour aspirer le sang. C&rsquo;\u00e9tait le genre de traitement qui existait pour la l\u00e8pre \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Ma m\u00e8re a appris \u00e0 faire elle-m\u00eame \u00e0 la fois le moxa et le \u00ab b\u016bb\u016b \u00bb. Je me souviens encore de la douleur des incisions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es au rasoir, sur les cicatrices des incisions pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n<p>Quitter ma famille pour Okinawa Airakuen<\/p>\n<p>J&rsquo;ai quitt\u00e9 l&rsquo;\u00eele de Kume le 23 d\u00e9cembre 1948. Mon p\u00e8re m&rsquo;a r\u00e9veill\u00e9 alors que toute la famille dormait encore. Il m&rsquo;a mis un foulard sur la t\u00eate et un chapeau de paille. Il a fait de m\u00eame. Puis avant le lever du jour, il m&rsquo;a fait grimper sur son cheval pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, il a pris la bride, et nous nous sommes mis en marche. Nous marchions le long d&rsquo;une route principale, puis mon p\u00e8re nous a fait prendre des chemins de traverse, peut-\u00eatre parce que le jour s&rsquo;\u00e9tait lev\u00e9. Je pense que nous ne portions pas un foulard et un chapeau parce qu&rsquo;il faisait froid, mais plut\u00f4t pour cacher notre visage.<\/p>\n<p>Nous sommes arriv\u00e9s au port de Hanasaki pr\u00e8s de l&rsquo;endroit o\u00f9 se trouve maintenant le lyc\u00e9e de Kumejima. A l&rsquo;\u00e9poque, le port n&rsquo;\u00e9tait pas aussi d\u00e9velopp\u00e9 qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. En haut de la c\u00f4te \u00e9taient rassembl\u00e9s 27 malades de la l\u00e8pre venus de toute l&rsquo;\u00eele. Apr\u00e8s-guerre, les malades de la l\u00e8pre \u00e9taient intern\u00e9s. En bas de ce pente raide, presque une falaise, il y avait une plage de sable o\u00f9 attendait un sabani (barque traditionnelle). Nous sommes mont\u00e9s dedans, puis sur un LST (bateau de transport de chars) am\u00e9ricain qui \u00e9tait ancr\u00e9 au large. Le voyage a dur\u00e9 toute une nuit, et le 24 d\u00e9cembre nous sommes arriv\u00e9s au Okinawa Airakuen Sanatorium. Beaucoup de gens \u00e9taient l\u00e0 pour nous accueillir. A Kume, je vivais dans la pi\u00e8ce du fond, en \u00e9vitant le regard des gens. Depuis le bateau, je pouvais voir align\u00e9s devant le columbarium les enfants du sanatorium, et les gens avec qui j&rsquo;allais vivre. J&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s heureux.<\/p>\n<p>Vie et \u00e9cole \u00e0 Airakuen<\/p>\n<p>Il y avait un dortoir pour les enfants \u00e0 Airakuen. A mon arriv\u00e9e, c&rsquo;\u00e9tait une cabane Quonset (pr\u00e9fabriqu\u00e9 militaire am\u00e9ricain). Je pense que nous devions \u00eatre une trentaine d&rsquo;enfants. La cabane \u00e9tait en forme de tube coup\u00e9 en deux dans sa longueur. L&rsquo;int\u00e9rieur \u00e9tait s\u00e9par\u00e9 en deux chambres, une pour les gar\u00e7ons, une pour les filles. Les gar\u00e7ons et les filles vivaient dans le m\u00eame b\u00e2timent. Nous avions \u00e9galement des \u00ab parrains \u00bb et \u00ab marraines \u00bb, nos parents au sanatorium, choisis parmi les patients. Des deux c\u00f4t\u00e9s du dortoir \u00e9taient align\u00e9s des lits de camp de l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine. Le sommier des lits de camp \u00e9tait en toile, mais la toile avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9coup\u00e9e et remplac\u00e9e par du contreplaqu\u00e9, et nos bagages en dessous. Pour dormir nous empilions futons et couvertures sur le sommier.<\/p>\n<p>Matin, midi et soir, nous mangions dans un espace commun au milieu de la cabane. Nous installions une longue table et les gar\u00e7ons et les filles y mangeaient ensemble. \u00c0 cette \u00e9poque, ce n&rsquo;\u00e9tait pas du bon riz comme aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;\u00e9tait un riz dur, d&rsquo;importation. Nous recevons des rations de l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine. Nous avions beaucoup de farine. J&rsquo;ai souvent mang\u00e9 de la soupe avec des boulettes \u00e0 base de farine de bl\u00e9. Nous avions \u00e9galement des soupes de l\u00e9gumes, cultiv\u00e9s sur place au sanatorium les pensionnaires dont les sympt\u00f4mes \u00e9taient les plus l\u00e9gers. On mangeait des soupes de l\u00e9gumes. Les soldats am\u00e9ricains nous apportaient aussi une aide mat\u00e9rielle importante : v\u00eatements usag\u00e9s, jouets, bonbons\u2026 Les v\u00eatements \u00e9taient trop grands pour moi. Mais nous les portions quand-m\u00eame, soit tel quel, soit en les ajustant pour notre taille.<\/p>\n<p>Je ne me souviens pas \u00eatre all\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole sur l&rsquo;\u00eele de Kume. Quand je suis arriv\u00e9 au Airakuen, j&rsquo;avais neuf ans, l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;\u00eatre en troisi\u00e8me ann\u00e9e de primaire. Airakuen avait une \u00e9cole appel\u00e9e Airaku Gakuen, J&rsquo;y suis entr\u00e9 directement en troisi\u00e8me ann\u00e9e. L&rsquo;\u00e9cole au Airaku Gakuen allait jusqu&rsquo;au coll\u00e8ge. Il y avait beaucoup de gens qui n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 scolaris\u00e9s \u00e0 cause de la maladie, de tous les \u00e2ges et tous les niveaux. Ainsi il y avait des gens d&rsquo;\u00e2ges diff\u00e9rents dans la m\u00eame classe. Nous avions de vieux manuels scolaires utilis\u00e9s dans les \u00e9coles du dehors, ou des manuels imprim\u00e9s au pochaire par l&rsquo;association d&rsquo;Airakuen. Nous jouions aussi souvent au volley-ball et au baseball. Au baseball, j&rsquo;\u00e9tais receveur. Les autres \u00e9coles jouaient probablement les unes contre les autres, mais nous n&rsquo;avons jamais jou\u00e9 contre aucune autre \u00e9cole. Nous formions nos propres \u00e9quipes en interne, et nous jouions entre nous. Vers la fin du primaire, nous jouions contre les adultes. A Airakuen, je ne me sentais pas si seul car il y avait beaucoup d&rsquo;enfants l\u00e0-bas.<\/p>\n<p>Le long de la c\u00f4te pr\u00e8s d&rsquo;Airakuen, ils avaient beaucoup de rochers. Nous appelions cet endroit \u00ab la for\u00eat \u00bb. Le soir, nous pouvions apercevoir les phares des bus et des voitures qui allaient entre Nago et Kunigami. Je m&rsquo;asseyais seul sous un arbre pour regarder les phares des voitures danser sur les rochers de la c\u00f4te. L\u00e0, je pensais \u00e0 mes parents et mes s\u0153urs, et je me demandais quand je pourrais quitter le sanatorium et rentrer dans ma famille. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 de pleurer tout seul.<\/p>\n<p>Emploi et mariage : la vie apr\u00e8s Airakuen<\/p>\n<p>J&rsquo;ai quitt\u00e9 Airakuen pour la premi\u00e8re fois en 1956. Je suis retourn\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele de Kume et j&rsquo;aidais mon p\u00e8re aux travaux de la ferme. Bien que j&rsquo;\u00e9tais gu\u00e9ri de la l\u00e8pre, j&rsquo;avais des s\u00e9quelles. Les nerfs dans diff\u00e9rentes parties de mon corps avaient enfl\u00e9. Quand je travaillais dans les champs au labourage, je ressentais une douleur aig\u00fce. d\u00e8s que de la terre me tombait sur les pieds, Les gens ne pouvaient pas savoir que je vivais cela. Mes parents n&rsquo;en avaient aucune id\u00e9e non plus. Je gardais cette douleur pour moi.<\/p>\n<p>Je ne pouvais pas continuer \u00e0 travailler comme \u00e7a. Alors j&rsquo;ai dit \u00e0 mon p\u00e8re que j&rsquo;aimerais passer le permis de conduire. Mais quand je lui en ai parl\u00e9, il m&rsquo;a dit que c&rsquo;\u00e9tait trop dangereux et il a refus\u00e9. Quand j&rsquo;\u00e9tais au Airakuen il y avait un homme l\u00e0-bas &#8211; il est malheureusement d\u00e9c\u00e9d\u00e9 aujourd&rsquo;hui &#8211; qui me traitait comme son propre fils. Cette personne est venue sur l&rsquo;\u00eele de Kume et m&rsquo;a aid\u00e9 \u00e0 convaincre mon p\u00e8re, Mon p\u00e8re m&rsquo;a finalement laiss\u00e9 passer le permis. Il y avait \u00e0 Naha une association de pr\u00e9vention contre la l\u00e8pre, (actuelle Okinawa Y\u016bna Association). J&rsquo;y ai log\u00e9 un moment le temps d&rsquo;aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de conduite et de passer mon permis. J&rsquo;avais \u00e9galement un oncle \u00e0 Naha qui tenait un magasin d&rsquo;alcools. J&rsquo;ai travaill\u00e9 pour lui comme livreur. Apr\u00e8s cela, j&rsquo;ai travaill\u00e9 comme chauffeur de taxi. J&rsquo;ai \u00e9galement conduit des camions de 2t, pour un grossiste en l\u00e9gumes. Je faisais deux ou trois voyages entre le port et le magasin pour livrer la cargaison qui arrivait de m\u00e9tropole. Je livrais aussi parfois dans le sud ou le centre de l&rsquo;\u00eele accompagn\u00e9 d&rsquo;un vendeur.<\/p>\n<p>Quand je travaillais au magasin d&rsquo;alcools de mon oncle, j&rsquo;ai eu une livraison \u00e0 Kunigami. J&rsquo;ai d\u00fb y passer la nuit pour rentrer le lendemain. Je suis tomb\u00e9 amoureux d&rsquo;une femme l\u00e0-bas et nous nous sommes mari\u00e9s. C&rsquo;\u00e9tait difficile pour moi de lui parler de mon pass\u00e9, j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s inquiet. Quand j&rsquo;ai trouv\u00e9 le courage de lui dire, elle l&rsquo;a pris assez facilement. Elle m&rsquo;a dit qu&rsquo;elle connaissait Airakuen, et qu&rsquo;elle avait m\u00eame song\u00e9 \u00e0 y travailler. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s soulag\u00e9.<\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s d&rsquo;Okinawa Airakuen et sa reconstruction<\/p>\n<p>En 1944, Okinawa \u00e9tait sur le point de devenir un champ de bataille, et la 32e arm\u00e9e a \u00e9t\u00e9 form\u00e9e. Environ 100 000 soldats ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s \u00e0 Okinawa depuis la m\u00e9tropole. L&rsquo;arm\u00e9e japonaise utilisait les \u00e9coles et et les b\u00e2timents publics pour loger les soldats. Ils en ont m\u00eame r\u00e9quisitionn\u00e9 les maisons et \u00e9tablissements priv\u00e9s. Il se disait qu&rsquo;Okinawa \u00e9tait une r\u00e9gion tr\u00e8s touch\u00e9e par la l\u00e8pre, m\u00eame avant la guerre. Il y avait des malades qui vivaient cach\u00e9s dans l&rsquo;arri\u00e8re-salle des maisons. L&rsquo;arm\u00e9e japonaise \u00e9tait au courant. Actuellement, on dit \u00ab maladie de Hansen \u00bb, mais \u00e0 cette \u00e9poque on disait \u00ab raiby\u014d \u00bb (l\u00e8pre). L&rsquo;arm\u00e9e pensait que si les soldats \u00e9taient infect\u00e9s, cela pouvait affaiblir les forces. Par cons\u00e9quent, ils se m\u00e9fiaient des malades de la l\u00e8pre. Un ordre a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d&rsquo;\u00e9vacuer les personnes \u00e2g\u00e9es, les femmes, les enfants et les malades d&rsquo;Okinawa parce qu&rsquo;ils repr\u00e9sentaient un poids mort pour la d\u00e9fense du Japon. Cependant, d\u00e8s qu&rsquo;ils trouvaient des malades de la l\u00e8pre, ils les s\u00e9paraient imm\u00e9diatement de leur famille pour les interner de forces au Airakuen. Les personnes amen\u00e9es \u00e0 Airakuen \u00e0 cette \u00e9poque ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s \u00e0 creuser un abri antia\u00e9rien qui s&rsquo;appelait l&rsquo;abri Hayata. La l\u00e8pre cause un engourdissement des membres &#8211; c&rsquo;est \u00e9galement mon cas &#8211; Nous ne sentons presque rien lorsque nous touchons quelque chose. Nous ne remarquons pas quand nous nous blessons, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que nous voyons le sang couler. C&rsquo;est \u00e0 des gens atteints de cette condition que l&rsquo;arm\u00e9e a fait creuser des abris ou travailler dans les champs.<\/p>\n<p>La plupart des b\u00e2timents d&rsquo;Airakuen ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits en cendres par les raids a\u00e9riens am\u00e9ricains du 10 octobre 1944. Il semblerait que la raison pour laquelle le sanatorium a \u00e9t\u00e9 pris pour cible est qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e9tiquet\u00e9 \u00ab caserne \u00bb sur les cartes strat\u00e9giques am\u00e9ricaines : \u00ab barracks \u00bb, avec \u00e0 c\u00f4t\u00e9 le symbole de l&rsquo;arm\u00e9e japonaise. Les am\u00e9ricains ont bombard\u00e9 le sanatorium en pensant qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une caserne. A cette \u00e9poque, Airakuen avait une capacit\u00e9 d&rsquo;environ 450 personnes, mais l&rsquo;arm\u00e9e japonaise y avait concentr\u00e9 800 \u00e0 900 patients sur une zone d&rsquo;environ 33 hectares (environ 600m sur 600m). En avril 1945, l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine. a d\u00e9barqu\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele de Yagaji et a d\u00e9couvert qu&rsquo;Airakuen \u00e9tait un sanatorium. Les attaques ont cess\u00e9. Cependant, m\u00eame si la guerre \u00e9tait finie, les b\u00e2timents avaient \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement d\u00e9truits, les patients ne pouvaient donc pas quitter l&rsquo;abri antia\u00e9rien. Les patients l\u00e9gers pouvaient sortir la nuit pour chercher de la nourriture, mais les patients gravement malades ne pouvaient pas. La saison des pluies commence en mai \u00e0 Okinawa, L&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;abri a \u00e9t\u00e9 inond\u00e9. Les malades gravement atteints y sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, assis, adoss\u00e9s contre les murs en terre. Beaucoup de gens y seraient morts de faim, de malnutrition, et du paludisme, sans les soins ni de leur famille ni du personnel du sanatorium. En environ un an, 288 personnes seraient d\u00e9c\u00e9d\u00e9es dans l&rsquo;abri. Le personnel avait fui d\u00e8s le d\u00e9but de la bataille, abandonnant les patients.<\/p>\n<p>Airakuen a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit lors de la guerre, mais ce ne sont pas les pouvoirs publics qui l&rsquo;ont reconstruit. De 1949 \u00e0 1952, le Dr. Rolf von Scorebrand,directeur de la sant\u00e9 publique pour l&rsquo;administration civile am\u00e9ricaine des \u00eeles Ry\u016bky\u016bs, a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 travailler pour la restauration d&rsquo;Airakuen. C&rsquo;\u00e9tait un m\u00e9decin exp\u00e9riment\u00e9 qui avait travaill\u00e9 dans un \u00e9tablissement similaire \u00e0 Hawa\u00ef pendant un an. Il croyait que la promine pouvait se montrer efficace pour traiter la maladie. Cependant, vu leur \u00e9tat physique et leurs carences alimentaires les patients d&rsquo;Airakuen n&rsquo;\u00e9taient pas en \u00e9tatde recevoir ce traitement. Il a ainsi obtenu de Josef R. Sheetz, le gouverneur la distribution sp\u00e9ciale de rations alimentaires. Une fois que les patients ont retrouv\u00e9 des forces, ils ont pu recevoir de la promine. Les patients ont \u00e9galement reconstruit des b\u00e2timents avec du bois fourni par le Dr Scorebrand. Ils ont tout fait, du dessin des plans \u00e0 la menuiserie. J&rsquo;\u00e9tais l\u00e0 lorsque les b\u00e2timents ont \u00e9t\u00e9 termin\u00e9s. Sans le Dr Scorebrand, Okinawa Airakuen n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 reconstruit. Il a \u00e9t\u00e9 reconstruit par les patients, avec l&rsquo;aide de volontaires. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;Airakuen est devenu ce qu&rsquo;il est aujourd&rsquo;hui. Je voudrais dire que le sol du site d&rsquo;Airakuen est impr\u00e9gn\u00e9 du sang et de la sueur de gens qu&rsquo;une \u00ab loi sur la pr\u00e9vention contre la l\u00e8pre \u00bb avait priv\u00e9 de leurs droits. Cette loi me fait bouillir de rage. J&rsquo;ai encore cette col\u00e8re en moi. A cause de cette loi, nous avons \u00e9t\u00e9 parqu\u00e9s dans un sanatorium. Je veux que les gens sachent ce que nous avons v\u00e9cu, ce que nous avons souffert.<\/p>\n<p>Message pour la jeunesse<\/p>\n<p>Je suis devenu guide et conteur pour Airakuen, gr\u00e2ce \u00e0 une rencontre : celle de l&rsquo;association HIV Rights Network Okinawa, dont les principaux acteurs sont des enfants. Gr\u00e2ce \u00e0 cette rencontre, j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 l&rsquo;importance de la compassion et de l&#8217;empathie. Je ne peux pas retenir mes larmes lorsque vient le sujet de cette loi et de la violation des droits des malades de la l\u00e8pre qui en a r\u00e9sult\u00e9. Je voudrais que chacun d&rsquo;entre vous soit conscient des discriminations et des privations de droits qu&rsquo;ont v\u00e9cu les malades de la l\u00e8pre. Je crois que tout le monde veut la paix. Mais il ne suffit pas pour qu&rsquo;elle vienne de l&rsquo;appeler de ses v\u0153ux. Je veux dire aux jeunes la paix, il faut la vouloir ardemment, la d\u00e9sirer du fond du c\u0153ur. C&rsquo;est ce qui nous apportera la paix.<\/p>\n<hr \/>\n<p>M. Jin&rsquo;y\u016b Taira est n\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele de Kume. Atteint de la l\u00e8pre (maladie de Hansen), il a \u00e9t\u00e9 de force admis au sanatorium Okinawa Airakuen \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 9 ans. Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 Airakuen en 1999, il a \u00e9t\u00e9 membre de l&rsquo;association Okinawa Kaede no Tomo no Kai. Il est plus tard devenu pr\u00e9sident du Conseil national de liaison des anciens patients de sanatorium. Suite \u00e0 une rencontre les enfants d&rsquo;une association, M. Taira s&rsquo;est mobilis\u00e9 pour faire conna\u00eetre les difficult\u00e9s v\u00e9cues par les malades de la l\u00e8pre et leurs familles et les discriminations li\u00e9es \u00e0 la \u00ab loi sur la pr\u00e9vention contre la l\u00e8pre \u00bb. Il est \u00e9galement actif en tant que guide b\u00e9n\u00e9vole pour Airakuen et participe \u00e0 des programmes de sensibilisation aux questions touchant les droits de l&rsquo;homme et la paix.<\/p>\n<p><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00eele de Kume en temps de guerre et mon mode de vie Je suis n\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele de Kume en 1939. 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